Un regard du monde... signé Yves BRAYER
par Christian GERMAK
En ce retour de vacances, Madame Yves BRAYER nous invite
à suivre le regard que son mari a conservé du Monde
Pour Muse son épouse a choisi une belle Espagnole
peinte en 1968 (100 x 81) : 'Femme à la mantille blanche'. Droite,
digne, les traits réguliers, l'Espagnole nous apparaît dans
une robe violette que rehausse une mantille noire sur un fond jaune, dans
sa main droite un éventail peint, où figure l'ouverture
d'une scène de tauromachie. Cette toile nous ouvre un livre d'images
qui vont nous conduire, au travers de l'espace et du temps, à découvrir
le regard du Maître sur le monde.
Avant de partir pour ce voyage au long cours, attardons nous un instant
sur notre sol, pour admirer une des merveilles du monde qui se cueille
en France : "Les Baux de Provence" une huile sur toile de 65
x 81 cm. Oeuvre peinte en 1960, elle revendique la beauté dans
toute sa perfection, dans toute sa rigueur.
A ses côtés, 'Cerisiers en Fleurs à Maubec".
Une autre huile sur toile 97 x 130 cm, de 1982 cette fois, et qui rayonne
tel un diamant dans lequel Yves Brayer a perçu pour nous tous les
éclats de lumières que capte la matière. Ici sont
présents, chaque reflet, desquels vont naître et s'épanouir
les contrastes que marquent les ombres silencieuses sous le soleil de
midi. Yves Brayer nous y dévoile son chaud regard provençal.
Plus précoce "Le chemin des Espagnoles" une huile sur
toile peinte en 1946, elle aussi nourrie par l'Astre du jour dans le Vaucluse,
et dédiée au soleil, de 65 x 81 cm. Cette oeuvre nous entraîne
sur les bottes de deux chasseurs qui arpentent les terres ensoleillées
de Saint-Remy de Provence. Ici encore le monde de Brayer est fait de soleil
qui déchirent quelques coins d'ombre.
La toile suivante est "Une vue de Grenade", en 1955, de 50
x 65 cm, réalisée à l'huile. Sobre, cette vue architecturale,
est dénuée d'habitants. Elle est une des plus rigoureuses
de l'exposition.
Mais assez flâné sur le sol ibérique et débarquons
au cours de l'année 1984 sur le : 'Pont Charles à Prague'.
L'atmosphère de la ville est vivante, mais calme, celle d'un dimanche
de fête durant lequel on se promène sans but, sans se bousculer.
Un tout qui s'épanouira au plus profond de nous et qui se nourrit
des longues heures que l'on croit monotones, mais qui en réalité
enrichiront plus tard nos souvenirs.
Arrive la Grèce éternelle et légendaire.
Alors surgissent pour nous accueillir les bras gigantesques et sans voiles
des "Moulins de Mykonos'. Une aquarelle de 1975, peinte par Yves
Brayer et qui reflète parfaitement les couleurs légères
et transparentes de la Méditerranée Orientale, avec sa foule
toujours présente, et attirée par l'ombre rafraîchissante.
Une occasion s'offre ici à Yves Brayer, de mettre en montre : la
mer calme et transparente, le ciel coloré et limpide, riche d'un
troupeau de nuages blancs. Une évocationde la vie et des lumières
qui vont en parer les meilleurs moments.
Au rythme d'une exposition, le Japon n'est pas bien loin, mais de plus
vu par un maître de l'art, qui va fuir les sujets battus et rebattus.
Ainsi, c'est vers le petit "Port de pêche à Suhomada"
que nous entraîne Yves Brayer. L'aquarelle de 1981, nous propose
sur son espace de 41 x 53 cm de découvrir un Japon médiéval
et laborieux, qui va servir de prétexte à l'artiste pour
nous offrir une mélodie de calme et de couleurs.
Puis nous traversons le Pacifique, survolons une partie du Mexique pour
suivre Yves Brayer dans une ville couverte de bijoux où se travaille
l'argent. "Nuit de Noël à Taxco", aquarelle de 97
x 65 cm. Un ensemble paradisiaque dans lequel tout est couleurs sur fond
de murs blancs. La ville construite en escalade sur un sol montagneux
se découvre en un seul regard. La lumière la pénètre
pour mieux faire vibrer la Vie. Une vie silencieuse et calme le jour mais
colorée par le son joyeux des petits orchestres de trompettistes
dès le soir venu.
Hélas, trois fois hélas !... Les meilleurs moments n'ont
qu'un temps et doivent s'achever un jour. Celui-ci est arrivé et
son rivage sera celui du "Square St-Germain des Prés à
Paris", illustré par une huile sur toile 65 x 54 cm, peinte
en 1945. Ainsi par cette oeuvre nous avons remonté le temps et
nous nous retrouvons en pleine jeunesse de l'Artiste, qui rappelons-le
est né à Versailles, le 18 novembre 1907
Mais si les toiles ci-dessuss constituent la colonne vertébrale
de l'exposition, d'autres oeuvres viendront l'étayer Telle une
Naturé Morte au Bouquet de 130 x 162 cm ; - Les Saintes Maries
de la mer (54 x 65 cm) ; - Le coin de rue Monsieur le Prince 81 x 65 cm.
(Proche de l'atelier du lieu de séjour de l'artiste) ; - Mas au
Tholonet (Aix en Provence) 65 x 81 cm ; - La place des Vosges, à
Paris en 1965 (97 x 130 cm)...
Yves Brayer nous montre ici une oeuvre authentique, plurielle, sans artifice,
et peinte avec le fluide des émotions qui l'ont nourrie durant
toutes les époques.
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